Session Extraordinaire Contribution Grand Débat

DÉMOCRATIE ET CITOYENNETÉ

La mixité sociale à l’école : un défi décisif pour l’avenir qu’il nous faut avoir l’audace de relever au nom de l’égalité des chances

Si la République a fait l’école, aujourd’hui c’est l’école qui fait la République. D’où, l’impérieuse nécessité de « Casser la machine à désespérer », comme le disait Albert Camus.

Comment créer un sentiment d’appartenance commune si dès l’école la réalité est celle du cloisonnement et de la ségrégation ? Comment parler d’égalité et de fraternité si des générations entières de citoyennes et de citoyens grandissent sans jamais se rencontrer, sans jamais se fréquenter ? L’école de la République, dont le rôle d’intégration est majeur, doit contribuer au vivre ensemble et doit favoriser la réussite de tous les élèves. La devise inscrite aux frontons de nos établissements ne peut rester lettre morte.

Pourtant, le constat est sévère : l’école française est aujourd’hui celle des pays de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) où l’origine sociale des enfants pèse le plus lourd dans les résultats scolaires.

Le Conseil national d’évaluation du système scolaire (CNESCO) communiquait en juin 2015 un rapport dans lequel il dénonçait les effets de la ségrégation sociale et scolaire sur les jeunes : échec et décrochage scolaires, montée des violences scolaires, des préjugés, des dérives extrémistes, effritement de la solidarité sociale, épuisement des enseignants.

Le rapport d’information des députés Yves Durand et Rudy Salles sur l’évaluation des politiques publiques en faveur de la mixité sociale dans l’éducation nationale rappelait également en 2015 : « L’effet établissement ségrégué » sur les résultats des élèves défavorisés […] est équivalent, en moyenne, à celui qui résulterait de deux ou trois années de retard scolaire.

Un rapport de la fondation Jean Jaurès publié en 2018 suggère encore que le recours aux établissements privé accru chez les familles des classes aisées est un facteur de la « sécession des élites » : il existe un risque de fracture sociale par le non brassage social des élèves.

A contrario, de nombreuses études ont démontré les dimensions positives de la mixité sociale à l’école, à la fois dans les processus d’apprentissage, comme facteur d’ouverture à l’autre et de tolérance, mais aussi dans les processus de socialisation.

Ainsi, nul doute que si la France s’affiche aujourd’hui au sein de l’OCDE comme le pays où l’origine sociale pèse le plus lourdement sur le destin scolaire, la ségrégation scolaire y est pour beaucoup.

En Haute-Garonne comme au niveau national, des établissements scolaires, écoles ou collèges, concentrent à la fois des élèves d’origine sociale modeste et des taux d’échec scolaire importants. C’est notamment le cas dans les quartiers prioritaires à Toulouse, où tous les partenaires institutionnels s’accordent sur le caractère intolérable et explosif de cette situation et sur la nécessité de trouver rapidement, ensemble, des solutions.

Le défi à relever est double. Il doit permettre de faire reculer le déterminisme social mais également de lutter contre le communautarisme. En effet, dans une société ébranlée par la montée des extrémismes et par les phénomènes de radicalisation, la question du vivre ensemble doit être pensée et traitée le plus en amont possible : dès l’école. C’est dans ce contexte que la Haute-Garonne fait partie des 20 Départements retenus par le Ministère de l’Éducation Nationale pour expérimenter de nouveaux dispositifs visant à renforcer la mixité sociale dans les collèges.

Le dispositif d’amélioration de la mixité sociale dans les collèges toulousains élaboré par le Conseil départemental est exemplaire tant par son ambition que par la démarche de concertation mise en œuvre.

En effet, une méthode de concertation et de participation citoyenne inédite et innovante, associant les acteurs locaux dans leur diversité (acteurs de l’éducation, habitants, élus du territoire), a permis de définir le contenu et les modalités du projet. La décision du Conseil départemental, élaborée en partenariat avec les services académiques, impulse un processus de correction des inégalités scolaires à partir des cinq collèges REP+ dans un objectif d’action à l’échelle de l’agglomération. La reconstruction des deux collèges les plus stigmatisés du grand Mirail et les mesures inédites de sectorisation des écoles REP+ vers des collèges de centre-ville constituent les actions-phare de cette démarche qui s’est concrétisée, dans sa première phase, dès la rentrée scolaire 2017 avec la scolarisation d’élèves issus des écoles primaires du secteur du collège Badiou dans des collèges favorisés de l’agglomération toulousaine.

Pour la réussite de ce projet, le Conseil départemental a mis en place un dispositif d’accompagnement des élèves et des familles par le transport scolaire, l’accompagnement à la scolarité et le maintien d’échanges via les écoles et le tissu associatif local. Il accompagne également les collèges en modernisant les locaux (réhabilitation du collège Rosa Parks à Toulouse), en répondant aux diverses demandes d’adaptation du bâti (collège Stendhal, collège Léonard de Vinci à Tournefeuille) et des équipements (casiers, chariot de tablettes, etc.), en proposant des moyens d’accompagnement éducatif tels que les volontaires en résidence de l’Association de la Fondation Étudiante pour la Ville (AFEV) et en renforçant les moyens de vie scolaire ou le financement de projets particuliers visant à la bonne intégration des élèves ou à la valorisation des projets d’établissements.

Une ambition pour laquelle le Conseil départemental s’est donné les moyens : le budget consacré à la démarche représente plus de 53 millions d’euros.

Ce projet nous permet de dire qu’une politique novatrice et ambitieuse est une politique qui part du terrain, de la mobilisation des acteurs concernés, et qui s’appuie sur l’expérimentation et l’évaluation des mesures proposées, pour ensuite la généraliser. Rassembler toute une classe d’âge, sans distinction d’origine sociale, pour apprendre et vivre ensemble est indispensable si nous souhaitons construire une société plus apaisée, plus fraternelle et plus solidaire.

A nous, responsables politiques, d’avoir l’audace de donner aux jeunes l’accès à l’apprentissage de la vie en commun dans la Cité, à l’apprentissage de l’humanisme et de l’universalisme, à l’apprentissage de ce chemin de vie et de connaissance qui se nomme altérité.

Rapporteur Arnaud SIMION, conseiller départemental du canton de Toulouse 7